Intervention de Bruno Le Roux

Séance en hémicycle du 8 avril 2014 à 15h00
Déclaration de politique générale du gouvernement débat et vote sur cette déclaration

Photo issue du site de l'Assemblée nationale ou de WikipediaBruno Le Roux :

Avec vous, aujourd’hui, monsieur le Premier ministre, nous abordons la deuxième étape de l’action de la majorité. Je choisirai trois mots, trois mots seulement pour la caractériser – trois verbes en fait – mais qui, à eux seuls, doivent témoigner de notre persévérance, de notre audace et de nos fidélités. C’est ainsi que nous voulons répondre aux messages que nous ont adressés les Français le 23 et le 30 mars derniers.

Poursuivre, c’est poursuivre l’action engagée depuis près de deux ans maintenant de redressement économique du pays.

Accélérer, c’est accélérer la mise en oeuvre des réformes dont notre pays a besoin et mener à bien celles, nombreuses, qui ont été engagées et qui sont de nature à changer la vie quotidienne de nos concitoyens.

Infléchir, c’est infléchir les politiques conduites pour qu’elles soient davantage marquées du sceau de la justice sociale et qu’elles dessinent un nouvel équilibre dans les efforts consentis par les Français.

Mais avant d’aborder ces trois dimensions de votre action à venir, je voudrais rapidement faire état de deux réflexions que m’inspire le scrutin que nous venons de vivre.

La première réflexion se rapporte à ce que je nomme le désabusement citoyen. Celui-ci concerne tous les bancs de cette assemblée, que nous siégions de ce côté-ci ou de ce côté-là. Ayons collectivement la lucidité de le reconnaître ! À quoi a-t-on assisté ? Jusqu’ici, la figure même du maire était préservée et les Français avaient à coeur de participer à la désignation des équipes municipales. Ce n’est plus autant le cas aujourd’hui. Nous faisons face dans notre pays à une réelle désaffection politique. La « grève du vote » – j’emprunte cette expression à Thierry Mandon, il me le permettra – au-delà de la gauche et de la droite, mine le fonctionnement de notre démocratie.

La distance se creuse entre les Français et leurs représentants politiques : c’est un fait auquel nous devons collectivement réfléchir. Une partie de la population nous dit, dans une proportion qui croît à chaque scrutin, en dehors des grandes compétitions nationales : « Je n’ai pas envie, je n’ ai pas envie de me déplacer, je n’ai pas envie de glisser un bulletin dans l’urne, je ne m’y retrouve pas. » Cela, nous devons l’entendre.

Une partie du pays exprime ainsi son sentiment d’abandon, sa souffrance et son désarroi.

Désarroi social pour nos concitoyens qui se mettent ainsi en retrait de la vie civique : ce sont pour une part ceux-là mêmes qui peinent à retrouver du travail, qui peinent à boucler leurs fins de mois, qui peinent à accompagner leurs enfants vers l’indépendance, qui peinent en définitive à entrevoir l’avenir et les perspectives que la société et la République pourraient leur offrir.

Désarroi politique et civique ensuite, quand la politique ne semble plus faire écho, quand les mots employés sont toujours ceux de la contrainte et rarement ceux du projet, quand les mots ne font pas sens et n’ouvrent pas de chemin, quand les politiques publiques semblent simplement juxtaposées sans jamais s’agencer entre elles pour esquisser un nouveau récit national.

Désarroi identitaire également, qui découle de cette panne de l’imaginaire national, de cette panne de l’avenir, de ce qui ressemble, pour une partie de la population, à une mise en jachère de la promesse républicaine.

Certains de nos concitoyens sont perdus et s’éloignent. Ils sont désabusés. Ils se recroquevillent, se crispent parfois et s’arc-boutent. Ils constatent et déplorent le délitement de nos repères collectifs. En réalité, ils voudraient au moins savoir où va la société française. Ils voudraient savoir ce que la France va devenir dans les années et les décennies qui viennent. Ils voudraient pouvoir entrevoir un avenir ! C’est cette réponse-là qu’ils attendent de nous et je vous sais, monsieur le Premier ministre, particulièrement soucieux de répondre à ces questions qui touchent à l’identité de notre pays, qui touchent à un mal beaucoup plus profond que celui que l’on a décrit trop souvent avec des mots trop simples.

Dans le même temps, nos concitoyens – les mêmes parfois – font preuve d’une très grande maturité citoyenne. C’est le deuxième enseignement que je retire de ce scrutin municipal. Ne nous trompons pas de diagnostic ! Nous n’en avons pas le droit. Ne nous trompons pas d’analyse ! Ne nous trompons pas de perspectives !

Il y a un consentement français à la réforme.

Il y a, chez nos concitoyens, un consentement à la mutation, pour autant que les valeurs républicaines animent le coeur de cette mutation et que la justice sociale soit au rendez-vous.

Il y a, chez nos concitoyens, une compréhension et une intelligence des évolutions du monde.

Il y a, chez nos concitoyens, une perception forte de la nécessité d’une mise en mouvement de notre société.

Il y a enfin, chez nos concitoyens, une perception juste du temps long nécessaire à la réforme et, dans le même temps, une attente forte de résultats.

Ne nous trompons pas : pour les Français, la crise n’a pas commencé un jour précis de 2008, de l’autre côté de l’Atlantique, par l’effondrement d’une banque américaine. Un homme ou une femme qui a vingt ans aujourd’hui n’aura jamais entendu parler que de la crise ; un homme ou une femme qui a trente ans aujourd’hui n’aura jamais entendu parler que de la crise ; il en est de même pour un homme ou une femme de quarante ans. La crise paraît sans fin, et c’est aussi cela qui détourne les Français de la politique : toute action paraît vaine puisque les mêmes difficultés, les mêmes maux semblent enkystés dans notre paysage collectif.

Pendant longtemps, les Français ont semblé rétifs à tout changement qui aurait accompagné cette mutation de la société et risqué de les déposséder de leurs derniers repères. Par crainte de l’incertitude, ils préféraient le statu quo. Aujourd’hui, à l’inverse, ils apparaissent impatients : ils souhaitent le mouvement. En réalité, nos concitoyens ne veulent plus seulement savoir où va la société : ils veulent désormais que la société atteigne réellement ces objectifs ! C’est aussi à cette attente-là, à cette demande de changements réels et tangibles dans la société que nous devons nous consacrer – comme vous venez de le faire, monsieur le Premier ministre, dans votre déclaration de politique générale.

Mes chers collègues, désabusement d’un côté, maturité de l’autre : voilà une équation qui semble relever du paradoxe. Elle est au contraire, j’en suis convaincu, fondatrice de la dynamique de cette deuxième étape de notre action. Les Français attendent de nous que nous revivifiions la promesse républicaine et, dans le même temps, que nous remplissions notre mission, notre mandat de transformation sociale de la société, ainsi que vous venez de rappeler, monsieur le Premier ministre. Sur ce premier terrain, nous vous suivons très majoritairement et nous vous accompagnerons en soutenant les efforts que vous déploierez.

1 commentaire :

Le 16/04/2014 à 16:06, laïc a dit :

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L'efficacité d'un gouvernement ne se mesure pas à la longueur du discours de ceux qui le défendent... et encore, ce n'est que la 1ère partie...

Vous trouvez ce commentaire constructif : non neutre oui

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