Intervention de Général Pierre de Villiers

Réunion du 8 février 2017 à 17h30
Commission de la défense nationale et des forces armées

Général Pierre de Villiers, chef d'état-major des armées :

Je suis donc allé à Colmar où j'ai observé de quelle manière le 152e RI se préparait en vue de prendre la relève de l'opération Sentinelle quelques jours plus tard à Strasbourg. Concrètement, j'ai observé l'instruction dispensée sur trois ateliers d'entraînement. L'un d'entre eux visait précisément à préparer les soldats à réagir à une attaque à l'arme blanche – exactement la même scène que celle qui s'est déroulée au pied de l'escalier du Carrousel du Louvre. Avant même cette attaque, ce mode d'action avait déjà été pris en compte aux plus bas échelons, afin de préparer au mieux l'engagement des soldats.

Dans la même veine, quelques minutes après l'attentat du Carrousel, j'ai eu le chef de groupe au téléphone. Il m'a bien sûr remercié de mon appel, mais surtout, il m'a répondu spontanément, en toute simplicité : « Je n'ai fait qu'appliquer ce que j'ai appris quelques semaines avant de partir ». Ce chef de groupe et ses soldats n'étaient déployés à Paris, en opération, que depuis peu temps ; ce n'était que leur deuxième jour de participation à l'opération Sentinelle. On peut donc vraiment parler d'acte réflexe, acquis grâce à l'entraînement.

Voilà pourquoi, afin d'être pourvues de toutes les capacités opérationnelles nécessaires pour faire face aux enjeux actuels et à venir, nos armées ont besoin de troupes entraînées et aguerries. La technologie ne fait pas tout. C'est la complémentarité entre des équipements performants et des hommes formés, entraînés, et animés de la volonté de vaincre qui permet de gagner la guerre. Pour cela, il faut un budget équilibré qui prenne en compte toutes ces dimensions.

Certaines armées basculent trop du côté de la technologie, d'autres pas assez. Nous avons pour notre part le bon modèle et nous devons le préserver. Quand il faut donner une priorité, je privilégie toujours les hommes, car c'est avec eux que l'on gagne in fine. J'ai cité l'exemple du Carrousel du Louvre parce qu'il est exceptionnel de professionnalisme – un professionnalisme qui est le produit d'un système. Savez-vous combien d'années de service avait le militaire qui a tiré ? Deux ans et deux mois. Il s'agit d'un tout jeune première classe. Le chef de groupe était caporal – « caporal stratégique » : vous rendez-vous compte des dégâts qu'aurait causé une erreur de tir ou une erreur de comportement, au Louvre, avec le monde qui s'y trouvait à ce moment-là ? « Exceptionnel » est le mot ; je suis vraiment fier de commander ce type d'hommes et, de plus, d'une modestie incroyable : ils ne comprennent pas qu'on les félicite, puisqu'à leurs yeux ils n'ont fait que leur boulot… Voilà une vraie armée professionnelle ! Cette armée, j'y tiens ; elle place la France dans le peloton de tête mondial et je veux l'y maintenir. C'est pourquoi je vous demande de porter l'effort de défense à 2 % du PIB pour 2022 et non pas pour 2025. On aurait pu imaginer 2025 il y a deux ans ; malheureusement, le contexte a changé.

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